Un débat relancé par la parution d’un livre à charge
La sortie récente du livre, « Naturopathie, L’imposture scientifique » de Margot BRUNET, relance un débat nécessaire, mais délicat : celui de la frontière entre pratiques déviantes et exercice responsable.
Sous la plume d’une journaliste d’investigation, l’ouvrage dénonce ce qu’elle appelle « l’empire des pseudo-thérapeutes », ciblant plusieurs écoles, syndicats et formateurs.
Parmi eux le Syndicat des Professionnels de la Naturopathie (SPN), sa présidente Alexandra ATTALAUZITI et son école ADNR Formations sont explicitement mentionnés, souvent de manière critique.
Derrière le ton percutant du livre, se dessine un véritable réquisitoire : confusion des rôles entre formation et syndicalisme, marketing agressif, absence de cadre légal, et pratiques potentiellement dangereuses pour le public.
A la lecture de ce livre, les professionnels de la naturopathie sont la Force Obscure qui s’infiltre à tous les niveaux du pays (des politiques jusqu’aux médecins, tous complices). Une Force Obscure à abattre au risque de voir se multiplier des dérives dramatiques et inacceptables, comme la sinistre affaire de Miguel Barthélémy.
Pour autant, un examen factuel et nuancé de la situation montre que si des dérives existent, elles ne sauraient représenter l’ensemble d’une profession qui cherche au contraire à se structurer et à se responsabiliser.
Un constat partagé : des formations très inégales
L’auteure s’appuie sur une enquête de terrain auprès de différents organismes privés.
Selon elle, en France, n’importe qui peut ouvrir une école de naturopathie et former des praticiens sans aucune supervision. La concurrence fait grimper les prix, les modules s’empilent et les promesses s’envolent.
Ce constat est, en partie, exact, mais ne reflète pas totalement la réalité.
Il est vrai qu’à ce jour, la naturopathie n’est pas une profession réglementée : aucun diplôme d’État ne définit un programme officiel ni ne protège le titre.
Dès lors, les organismes de formations privés fixent librement la durée, les contenus et les tarifs de leurs formations.
Il est à noter que la majorité de ces organismes de formations sont enregistrés auprès de la DREETS et ont obtenu leur numéro d’activité de formation.
Certaines institutions sérieuses ont choisi d’obtenir la certification Qualiopi, gage de conformité à des critères qualité en matière de pédagogie et d’accompagnement.
C’est le cas de tous les centres de formations agréées par le SPN dont fait partie ADNR Formations, créée et dirigée par Alexandra Attalauziti, qui revendique plus de 15 ans d’expérience, un enseignement structuré scientifique et un accompagnement de suivi post-formation.
Cependant, il est indéniable que d’autres structures, sans réelle rigueur pédagogique, exploitent la demande croissante pour vendre des formations incomplètes, voire trompeuses. Pour exemple, les formations à tout petit prix, type 69€, en peuvent en aucun permettre à l’apprenant d’ouvrir un cabinet et d’utiliser le terme naturopathe.
Le problème est donc moins “la formation en naturopathie” que l’absence de cadre national clair permettant de distinguer le sérieux du douteux.
C’est pourquoi tous les espoirs sont portés vers la Norme AFNOR qui doit voir le jour nous l’espérons qui a été co-construit et co-rédigé avec toutes les organisations professionnelles à savoir APNF, APHN, AFNAT, OMNES, FENA et le SPN. Cette norme deviendra la référence pour les autorités, lors des contrôles exercés par la DGCCRF, notamment.
Les naturopathes et professionnels en Naturopathie qui respecteront les exigences de la Norme pourront le faire savoir clairement auprès de leurs clients et des prescripteurs.
Pour les autres, il sera nécessaire d’indiquer de manière transparente qu’ils ne sont pas issus d’un organisme de formation professionnel enregistré auprès de la DREETS. Ils devront donc préciser qu’ils sont autodidactes ou formés hors du cadre professionnel reconnu, et démontrer d’autant plus leurs compétences auprès de leur clientèle.
Ainsi, les personnes se présentant comme « naturopathes » sans avoir suivi une formation professionnelle conforme à la Norme ne pourront plus exercer dans les mêmes conditions qu’auparavant ; elles devront adapter leur communication, se repositionner ou compléter leur formation pour répondre aux nouvelles exigences.
https://collectif-naturopathie.fr/
Des amalgames qui nuisent à la compréhension
La journaliste associe la naturopathie à l’ostéopathie, aux magnétiseurs et à d’autres pratiques non médicales. A plusieurs reprises, elle opère des amalgames.
Selon elle, sous couvert de bien-être, les métiers échappent à tout contrôle. La frontière avec le charlatanisme devient poreuse.
L’ostéopathie, selon ses dires, fait partie de ces pratiques.
Or, la profession d’ostéopathe bénéficie d’un cadre légal précis. Elle est reconnue comme une profession réglementée depuis l’ordonnance n° 2008-507 du 30 mai 2008 et figure sur la liste officielle des métiers soumis à reconnaissance des qualifications professionnelles (décret n° 2019-381 du 29 avril 2019).
Elle est également considérée comme une profession de la santé au sens de la directive européenne 2011/24/UE du 9 mars 2011 relative aux droits des patients en matière de soins de santé transfrontaliers.
Assimiler indistinctement ostéopathes, naturopathes, sophrologues ou énergéticiens ne reflète pas la réalité des statuts juridiques.
La naturopathie, elle, relève aujourd’hui du champ du bien-être.
Cela ne signifie pas qu’elle soit illégitime, mais qu’elle ne dispose pas du même cadre réglementaire que les professions médicales ou paramédicales.
Faire cet amalgame entretient une perception floue et entretient la méfiance du public.
Au-delà, l’exercice de la naturopathie doit répondre à la législation applicable, des codes du commerce, de la consommation… La naturopathie n’est pas une profession réglementée, mais elle n’est pas sans cadre non plus.
Le rôle du SPN : entre défense et encadrement
Le livre reproche à Alexandra Attalauziti de cumuler les fonctions de dirigeante d’école et de présidente du Syndicat des Professionnels de la Naturopathie (SPN), y voyant un possible conflit d’intérêts.
Cette critique mérite d’être replacée dans son contexte.
Le SPN, créé en 2015, s’est donné pour mission de :
- défendre les intérêts professionnels de la naturopathie ;
- défendre les intérêts professionnels des écoles partenaires ;
- défendre les intérêts des usagers de la naturopathie ;
- promouvoir des pratiques respectueuses de la santé publique ;
- établir une charte déontologique ;
- représenter la profession auprès des institutions.
Le syndicat revendique aujourd’hui plusieurs milliers d’adhérents et communique régulièrement sur la volonté de professionnaliser le secteur.
S’il est légitime d’interroger les liens entre formation et représentation syndicale, il est erroné d’affirmer que ces organismes « échappent à tout contrôle ».
Leur existence publique, leurs audits et leurs prises de position démontrent une démarche de structuration et de transparence.
Le Syndicat des Professionnels de la Naturopathie (SPN), adhère à la Chambre Nationale des Professionnels Libéraux (CNPL) et appartient au secteur métier du bien être depuis 2016, constitue aujourd’hui la seule organisation en Naturopathie représentative de la profession pour le moment.
https://cnpl.org/les-syndicats-adherents/
Grâce à cette représentativité, la CNPL siège dans les principales instances nationales et régionales défendant les travailleurs indépendants, telles que le CPSTI, l’URSSAF ou encore la CAF. Cette légitimité est également reconnue puisque notre présidente siège à la CNAM et à l’UNCAM, ce qui démontre la place institutionnelle que nous occupons et le sérieux du travail accompli sur le terrain.
Les naturopathes adhérents au SPN et sont donc rattachés à CNPL ils font valoir valoir cette représentativité depuis 2 mandats et cette reconnaissance auprès de leurs clients et partenaires.
Dérives réelles : des cas qui appellent à la vigilance
Reste une réalité : oui, certaines pratiques naturopathiques dérapent.
Dans le chapitre 13, “Pour éviter les drames”, l’auteure cite plusieurs cas de clients mal encadrés : des cures de jeûne extrêmes, des conseils inadaptés à des personnes malades, des discours culpabilisants : ces excès coûtent parfois la santé, voire la vie ;
Ces exemples sont tristement réels.
Des enquêtes journalistiques (notamment le documentaire « Naturopathie, un peu, beaucoup, à la folie », diffusé sur France 5 en 2024) ont mis en lumière des pratiques dangereuses : arrêt de traitements médicaux, régimes détox non encadrés, ou promesses de guérison pour des pathologies lourdes.
Ces situations n’ont rien à voir avec l’esprit originel de la naturopathie, qui se veut complémentaire, non substitutive à la médecine.
Les syndicats et écoles sérieuses s’en démarquent clairement.
Le SPN, par exemple, stipule dans sa charte que le professionnel en naturopathie ne pose pas de diagnostic médical et ne modifie jamais un traitement prescrit par un médecin. Il agit en complémentarité et dans le respect du cadre légal.
Le reconnaître est essentiel : la vigilance s’impose, non pour rejeter toute la profession, mais pour prévenir les dérives isolées qui jettent le discrédit sur tous.
Les limites du livre : un réquisitoire plus qu’une enquête équilibrée
L’ouvrage, s’il repose sur des témoignages réels, s’apparente davantage à un réquisitoire qu’à une enquête équilibrée.
Les professionnels rencontrés ne sont que rarement cités dans leur intégralité, et les nuances (par exemple entre écoles certifiées et structures opportunistes) sont peu développées.
Il en résulte un sentiment de généralisation : l’ensemble des naturopathes est présenté comme suspect, les formations comme des « usines à profit », et les syndicats comme des façades d’influence.
Or, la réalité du terrain est plus complexe :
- De nombreux naturopathes travaillent en réseau avec des médecins, notamment dans la gestion du stress, la nutrition ou l’hygiène de vie, y compris en milieu hospitalier. Faut-il y voir de la complicité de la part de ces médecins, comme le suggère Margot BRUNET ?
- Les écoles sérieuses dispensent des cours de physiologie, anatomie, nutrition scientifique, biologie, et rappellent constamment la limite d’exercice.
- Les praticiens responsables signent des chartes déontologiques et communiquent avec clarté sur leurs compétences.
Il ne s’agit donc pas de nier les problèmes, mais de refuser l’amalgame.
Un cadre en construction : vers plus de transparence et d’éthique
Le secteur avance, lentement mais sûrement.
Plusieurs pistes concrètes sont déjà à l’œuvre :
- Certification Qualiopi pour les organismes de formation, qui impose un audit externe.
- Référentiels de compétences en cours d’harmonisation entre organisations professionnels.
- Charte de déontologie commune élaborée par les représentants du SPN et d’autres fédérations au sein de la CNPL.
- Travaux parlementaires sur l’encadrement des pratiques de bien-être et de santé intégrative.
Ces démarches visent à rendre lisible le métier pour le public et à éliminer les acteurs déviants.
Le SPN plaide pour une reconnaissance inspirée du modèle européen : un registre professionnel, une formation minimale harmonisée et un code d’éthique.
Comme le souligne Alexandra Attalauziti dans un entretien publié sur Plantes & Santé (avril 2024) :
« Il est indispensable de réglementer la profession pour protéger les usagers, leur indiquer les bonnes pratiques et clarifier les différents métiers du secteur. »
« Pour rassurer le public et tout le milieu médical, nous devons expliquer clairement ce qui relève ou non de la naturopathie. Par exemple, le fait de demander à son client d’arrêter un traitement médical ou de reporter une séance de chimiothérapie est contraire à notre déontologie. Sur un autre plan, certaines techniques comme l’iridologie ne font pas l’objet de preuves scientifiques, donc même si certains de nos adhérents la pratiquent, nous ne la mettons pas dans nos référentiels métiers. Pour apprécier l’état de santé général d’une personne et ses carences, on préfère conseiller un bilan sanguin prescrit par le médecin. »
C’est tout l’enjeu de la Norme AFNOR qui est coconstruite rappelons-le par tous les acteurs du secteur: avoir un cadre claire et précis pour un exercice sécurisé de la naturopathie.
Conclusion : reconnaître les dérives, soutenir la professionnalisation
La naturopathie traverse aujourd’hui une phase cruciale.
Les révélations du livre ont au moins un mérite : elles rappellent que l’absence de cadre réglementaire fragilise autant les praticiens que les clients.
Mais pour construire, il faut dépasser la logique du « tout ou rien ».
Reconnaître les dérives, c’est nécessaire ; généraliser, c’est injuste.
La voie constructive passe par :
- une plus grande transparence dans la formation ;
- une éthique renforcée ;
- un dialogue avec les autorités;
- une communication claire auprès du public.
La naturopathie n’est ni une panacée, ni une menace : c’est une approche de bien être qui, correctement organisée, peut jouer un rôle complémentaire utile dans l’amélioration de la qualité de vie des usagers.
C’est dans cette direction que la profession s’oriente, loin des excès dénoncés, mais pleinement consciente de sa responsabilité vis-à-vis du public.
