Il y a quelque chose dans l’air … Il y a une émergence dans le monde du soin, qui invite à se rassembler autour d’une nouvelle cause.
La notion de santé intégrative attire de plus en plus de soignants en France. Par définition, la santé intégrative renvoie à l’association de la médecine allopathique aux thérapies complémentaires validées par la science. Notamment mise en place dans les prises en charge de pathologies chroniques ou de cancer, la santé intégrative répond à un besoin des usagers d’être enfin entendus et pris en charge dans leur globalité. Si l’on reprend simplement la définition décrite dans la constitution de l’OMS, il est dit que « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » Bien au-delà de n’apporter qu’une vision globale au moment où la maladie est déjà installée, la santé intégrative apporte aussi la notion de prévention, redonnant le plein pouvoir à l’usager de prendre soin de lui.
C’est dans cet esprit d’accueil et de conscience globale qu’a émergé une idée entre deux médecins anesthésistes : pourquoi ne pas rassembler les médecins qui, par leurs parcours de vie, ont décidé de pratiquer autrement la médecine ? Et de dire à voix haute devant un public leur rêve d’une médecine centrée sur l’humain ?
L’idée s’est mise dans la matière sous le nom du Sommet des Médecines Centrées sur l’Humain (Somecensum) et s’est déroulée le week-end du 10 et 11 novembre à Bordeaux. Plus d’une quinzaine de docteurs en médecine, pharmacie et psychologie se sont réunis pour présenter leur parcours, leurs questionnements et leurs rêves, qui les ont menés à être ce qu’ils sont aujourd’hui, des précurseurs dans la santé intégrative.
Leur force a été de donner aussi la parole aux thérapeutes complémentaires, mettant en avant leur envie de travailler ensemble pour le bien-être des usagers. Leur objectif était de mettre en lien les soignants et les patients qui souhaitent retrouver de la conscience et du sens dans les soins. Leur permettre de se soutenir, de mettre leurs idées en commun, d’échanger leurs expériences dans un climat de sécurité, de bienveillance, de déontologie et de respect du libre arbitre de chacun.
Plus de 250 personnes ont répondu à l’appel des Drs Caroline Legrain et Baptiste Vallé, venus de France, de Belgique, du Luxembourg et même du Québec. Un sommet déjà tourné vers le monde. Dans la salle, une dizaine de tableaux apportent une touche de créativité, que l’on retrouve dans la toile nomade posée au centre, grande toile vierge qui invitait tous les participants à peindre au moment où ils en avaient envie.
La grande nouveauté de ce sommet est la disposition même de la salle : plus de structure normalisée autour de l’enseignant/élève, donnant le pouvoir au soignant où tous les participants sont tournés vers lui dans une écoute unilatérale. Ici, le cercle prime, avec l’envie de remettre l’humain au centre, pour que tout le monde puisse se voir et être au même niveau. « C’était un sacré challenge au début pour les orateurs et le public, mais très vite, le cercle fut une évidence pour tous », nous explique le Dr Vallé, à l’origine de ce changement de structure. Au départ nous avons été chamboulés par cette nouvelle proposition, mais elle a été vite adoptée par tous, aidant même à créer du lien entre les orateurs et le public. Adopté à un tel point qu’un participant, médecin anesthésiste s’est levé pour remercier leur prise de position : « Vous venez de me donner la réponse à la question que je me pose depuis des années : je dis à mes étudiants d’imaginer que nous sommes tous égaux, comme une ligne horizontale … maintenant j’ai trouvé ce que je cherchais et le cercle va m’aider à donner l’enseignement que je souhaite transmettre. »
Les orateurs ont tour à tour pris la parole, remplis de force et de courage dans ce nouvel exercice que les organisateurs leur avaient demandé. Difficile pour un soignant de faire état de ses expériences de vie plutôt que de donner un cours magistral ! Et pourtant … leurs professions de foi ont touché en plein cœur les participants, leur donnant autant d’émotions que d’espoir. Le choix des intervenants comme des sujets abordés en est la preuve, donnant une vraie cohérence dans le tempo du sommet. En effet, des thématiques importantes ont été abordées telles que « comment changer son regard sur la médecine », « comment le parcours personnel peut changer la vision de la Vie », « comment être pleinement soi dans les soins » et « comment développer la santé intégrative ».
« Chacun est venu avec tout ce qu’il était, chacun a donné de son temps, de son énergie, certains ont dû combattre leurs peurs et sortir de leur zone de confort. », rajoute Caroline Legrain.
Chaque intervenant a eu le besoin de se former à d’autres thérapies ou même à en inventer d’autres, pour enfin être en accord avec leur vision du soin. Allant de l’homéopathie, naturopathie, hypnose, acupuncture à d’autres techniques psychocorporelles, tous ont trouvé leur propre façon d’accompagner l’humain dans sa globalité. Ils ont réussi à passer au-delà du symbolisme du patient, qui aujourd’hui est vu seulement par leurs symptômes physiques, parfois psychiques. Non, l’humain est un être qui pense, qui ressent, qui bouge, qui crée.
Alors nous avons écouté, nous avons chanté, dansé, respiré, médité, nous avons eu des prises de conscience. Prises de conscience des patients mais aussi des soignants, comme ce médecin généraliste qui, prenant la parole à fin du Sommet, annonce « je suis venu un peu forcé par ma femme, mais apparemment j’avais des choses à entendre et à comprendre de ma pratique aujourd’hui. » En effet, « Au fil de ces partages authentiques et émouvants de nos chemins de Vie, nous avons tous vécu une transformation profonde. », complète Dr Legrain.
Puis le sommet s’est tourné vers les thérapies complémentaires. Commencer à travailler main dans la main entre soignants et thérapeutes, c’est aussi permettre à tous de se retrouver au même endroit pour parler de la même chose. Et de montrer que nous nous respectons les uns les autres. Ce qui résume le mieux les interventions des thérapies complémentaires est l’accompagnement de la vie. De la naissance à la fin de vie, en passant par l’apport de la créativité dans le bien-être, du travail intérieur par l’hypnose, l’intégration dans le corps avec l’ostéopathie et de l’intérêt des médecines ancestrales dans la prise en charge de pathologies lourdes, tout le chemin de vie d’un être humain a été parcouru.
Voilà l’importance de la santé intégrative aujourd’hui : nous avons besoin de soutien dans tous les moments de notre vie et pas seulement lorsqu’une maladie s’installe. L’humain a besoin de retrouver du sens dans le parcours qu’il emprunte sur cette Terre et c’est pourquoi, il est important de respecter ce que nous enseignent les cultures ancestrales. Remettre du sens sacré dans nos vies pour éviter d’arriver au point d’attendre ce que notre maladie a à nous dire, « le mal à dit ». C’est ce qu’ont voulu nous faire toucher du doigt les Drs Legrain et Vallé pour clôturer le Sommet, en créant un cercle venant tout droit des contrées algonquines du Québec. « Que des personnes s’avancent pour représenter le cercle des enfants » a-t-on entendu. « Puis les mères, les grand-mères et enfin, les hommes » tous en cercle, les derniers entourant les premiers, afin de remettre chacun à sa bonne place et de remettre du sens dans nos vies. « C’est ce que j’appellerais « Alchimie » ou « Cercles Vertueux », pour le Dr Legrain.
Il y a une notion dans la définition de la santé de l’OMS qui n’est pas souvent mise en valeur. Et pourtant, elle est indispensable :
« La santé de tous les peuples est une condition fondamentale de la paix du monde et de la sécurité. »
Finalement, œuvrer pour le bien-être de l’humain, c’est œuvrer pour le bien-être du monde. Si chaque personne pouvait se sentir en paix avec elle-même, alors nous pourrions, peut-être, vivre dans un monde de paix.
« Le cercle est pour moi l’outil de communication et de paix le plus simple, le plus facile et le plus puissant à mettre en place » nous rappelle le Dr Vallé. Il est à l’initiative d’une association qui diffuse l’utilisation de cercles en médecine, dans les familles, dans les entreprises et dans la société en général. « Si on veut changer d’état d’esprit, il faut aussi savoir changer d’architecture dans le lien entre les humains ; le passage de la pyramide au cercle est peut-être l’un changement de paradigme le plus important à mettre en place pour la paix dans notre société. »
« Je vous souhaite au travers de ces quelques mots d’en ressentir la richesse et de vibrer cette envie de nous rejoindre quand le cœur vous en dira pour co-créer ensemble un monde plus Humain … » Caroline Legrain.
Emilie Vallé – infirmière DU santé intégrative, réflexologue et étudiante en naturopathie.



